Méhadée Bernard pour les élus communistes et partenaires :

Mr le Député-Maire, cher-es collègues, Mesdames, Messieurs

Impossible de parler du Centre Dramatique National à Ivry sans commencer mon propos par une citation d’Antoine Vitez :
« Le metteur en scène, c’est le comble du traducteur »

Impossible car sans lui, Ivry ne serait pas la terre de culture théâtrale qu’elle est devenue :
· Le théâtre des Quartiers d’Ivry
· Le théâtre Antoine Vitez
· Le théâtre Aleph
· Le centre artistique El Duende
· Le théâtre et la troupe des Bergers en scène
· L’atelier théâtral du lycée Romain Rolland
· Et toutes les associations qui mettent au cœur de leur travail le théâtre : je pense à la compagnie Kokoya, à l’association Cape sur Ivry, la compagnie Hamma Méliani etc… etc …

Tous participent donc à ce qu’Ivry rayonne, à ce qu’Ivry donne à voir, à entendre, à vivre des pièces, des récits qui affutent toujours plus, qui éveillent les esprits, qui produisent du partage, des richesses, des intelligences, de l’échange dans un monde qui ne tourne plus très rond, dans une société qui marche sur la tête, avec des gouvernants plus avides de gros sous que de progrès, préférant la Rolex et la mise à l’index des créations qui font avancer, qui aident à la compréhension du monde, au développement des idées. Face à une crise qui s’aggrave, à des vies malmenées, à des individus brisés, le théâtre participe de résistances. Il exprime l’intraductible, il transcende les vécus, il met en scène sans tabou, il tisse des liens improbables, il permet de nouveaux rapports entre les hommes et les femmes du monde, entre les classes sociales.
L’obtention de ce CDN, Olivier l’a rappelé, est issue d’un combat.
Celui de la prétention, une juste prétention, une exigence.
L’exigence d’une ville de banlieue, et de tout un département au sud de Paris, l’exigence de la banlieue.
L’exigence pour nous de bénéficier des meilleures conditions de création.
En ajoutant à notre théâtre municipal et aux multiples associations théâtrales qui font vivre la pratique, la diffusion et la formation, un lieu de création pour la création, un laboratoire de recherches artistique et théâtrale.

Le combat, c’est donc celui de David contre Goliath, c’est le combat des banlieues populaires, le combat pour reprendre ce que la Bourgeoisie s’est appropriée en faisant croire que la culture avec un grand C, ce serait en définitive pour eux et jamais pour nous, avec cet élitisme condescendant et caractérisé qui à force de codifier, atrophie et enferme la création, l’éloignant des richesses produites par le peuple.
Nous ne sommes pas seuls à mener ce combat pour une culture publique de qualité partout et pour toutes et tous. Loin d’introduire de la concurrence, nous voulons mettre en valeur, donner de la hauteur, permettre à ce qui émerge de nos rues, de nos quartiers, de notre ville, de prendre corps, d’enrichir tout en se réappropriant ce que la bourgeoisie monopolise.
C’est un peu comme au festival d’Avignon. A quoi bon un IN sans OFF et un OFF sans IN ?
Tout est histoire de complémentarité, d’attention des uns pour les autres, de liens toujours plus construits, c’est, nous le croyons, la lutte contre toutes les dominations, pas pour en introduire de nouvelles mais bien pour permettre la rencontre et l’enrichissement mutuel entre culture théâtrale d’exception et les sensibilités nouvelles introduites par les créations populaires.
Ce CDN nous le voyons comme un outil qui donne à réfléchir, à comprendre le monde, comme un outil qui nous affute, qui nous fait du bien, qui nous aide à avancer ensemble à l’inverse de l’industrie culturelle nauséabonde de TF1 et Sarkozy qui vide les esprits pour offrir, je cite « plus de temps de cerveau disponible à la publicité », faisant ainsi de la culture pour tous, une culture démago au rabais.

Voilà donc ce pourquoi les élus communistes et partenaires, sommes fiers de voter cette délibération.
Parce que l’arrivée de ce Centre Dramatique National vient renforcer la politique publique culturelle ambitieuse que nous menons et ce depuis des années.  Une politique qui cherche à multiplier  les accès à la diffusion théâtrale, à la pratique théâtrale et à la création théâtrale.
Parce que l’arrivée de ce Centre Dramatique National, le 9ème d’Ile de France, vise à rendre à la population un haut niveau culturel qui permettra, nous en sommes certains, l’émergence des cultures de rues et banlieusardes, permettant ainsi de les métisser dans un mouvement naturel.

Enfin, permettez moi d’être fière que cette nouvelle institution culturelle puisse prendre ses quartiers au sein de la très belle Manufacture des œillets, bâtiment lui-même symbole de ce que la culture industrielle et par essence populaire a pu produire de plus beau et de plus enrichissant pour l’architecture de notre ville, de notre pays.

Pour toutes ces raisons, il s’agit bien là d’un vote constructif et responsable, le groupe des élus Communistes et Partenaires votera …… avec enthousiasme cette délibération.
Je vous remercie.

 


CONSEIL MUNICIPAL DU 22 SEPTEMBRE 2011
INTERVENTION D’OLIVIER BEAUBILLARD


Monsieur le Député Maire,
Cher(e)s Collègues,

C’est avec beaucoup de plaisir que je vous présente ce soir cette introduction.

Beaucoup d’humilité aussi, car en réalité ce projet anime depuis de plusieurs années les débats de notre conseil, le travail de nombreux acteurs de notre ville, de nombreux partenaires.

Nous saluons Elisabeth Chailloux et plusieurs membres de son équipe, Adel Hakim étant actuellement au Chili, Catherine Dasté, qui dirigea le théâtre des quartiers d’Ivry.

Je pense également à Edith Perstunski-Deléage qui, lors du mandat précédent, a remarquablement défendu ce projet, à Pierre Gosnat qui porte depuis toujours le théâtre au cœur.

En même temps, il n’est pas si fréquent que nous abordions, après une présentation orale, les questions culturelles.

Ivry est une ville de culture et, chargé de cette délégation, je suis également honoré d’exercer cette mission.

Nous disons que la culture est la condition de la politique. Permettez-moi, avant d’entrer dans le vif du sujet, de vous raconter une histoire.

Madame Zidelkhile est une citoyenne ivryenne. Elle témoignera, sollicitée par le service des archives de la ville, lors des commémorations que nous organiserons pour le cinquantième anniversaire du massacre de masse d’Algériens le 17 octobre 1961. Madame Zidelkhile participera ainsi d’une des conclusions du rapport présenté il y a quelques mois au conseil municipal par Romain Marchand, recommandant de renforcer le travail mémorial touchant au colonialisme.
Madame Zidelkhile est analphabète, elle le regrette. Toute sa vie elle s’est décarcassée pour que ses enfants aillent à l’école poursuivent des études.
Il y a 3 ans, accompagnée par Christian Billière, elle a écrit un livre relatant sa vie, considérant que le témoignage d’une jeune femme algérienne immigrante dans les années 50 devait être transmit. Et c’est avec un livre qu’elle a pu le faire.
La culture est un combat, en posséder les outils est gage d’émancipation.

La confrontation aux œuvres littéraires, musicales, plastiques et visuels, cinématographiques est une des conditions de cette appropriation.

Et notre ville, depuis des décennies avec détermination, développe une politique publique de diffusion des oeuvres en initiant de multitudes actions culturelles, dont les ateliers de pratiques avec l’ambition d’élargir toujours les publics. Ivry porte la « culture pour tous ».

C’est évidemment le cas pour l’art dramatique, le théâtre quelquefois appelé spectacle vivant.

Comme nous le savons, c’est en février 2003 que le conseil municipal a commencé à débattre du projet d’un centre dramatique national à Ivry.
Cela faisait suite à une décision du ministère de la culture qui missionnait Elisabeth Chailloux et Adel Hakim, directeurs du théâtre des quartiers d’Ivry, pour devenir centre dramatique national.
Mission de préfiguration précisait le ministère, le temps pour les collectivités territoriales accueillantes, de créer un lieu, un théâtre pour ce centre.

En réalité, cette mission, ce choix ministériel s’imposait pour deux raisons :

1) la qualité du projet artistique du TQI, qualité inscrite dans l’histoire du théâtre et de notre ville.
Bouleversée par l’arrivée d’Antoine Vitez à Ivry appelé, accueilli par la municipalité, Jacques Laloë était Maire, Fernand Leriche était son adjoint chargé de la culture.

C’est en 1972 qu’Antoine Vitez crée le Théâtre des Quartiers d’Ivry, la troupe, la compagnie, l’atelier théâtrale qui déploiera ses activités dans des préfabriqués au cœur de la cité Marat, rue Raspail, rue Ledru Rollin et dans bien d’autres lieux de représentations quelquefois précaires.
En 1983 sera inauguré le théâtre qui porte aujourd’hui son nom : rue ….
Se succéderont à la tête du TQI, après son départ pour le théâtre national de Chaillot, Philippe Adrien, Catherine Dasté puis, depuis 1993, Elisabeth et Adel.

2) Mais, ce choix ministériel s’impose aussi en terme de réparation.
Il n’y a pas de centre dramatique national en Val-de-Marne, plus largement au sud de Paris depuis l’expulsion de Corbeil par Serge Dassault du théâtre du Campagnol.
Le Conseil Général qui porte une forte politique culturelle, soutenant la création, a beaucoup œuvré pour qu’une forme d’équité territoriale soit respectée en terme de décentralisation culturelle.
Il est d’ailleurs étonnant de se rappeler que l’Etat a créé les CDN en 1972 ,en spoliant alors toute cette partie de l’Ile de France.

Reconnaître enfin le travail artistique du TQI et sa légitimité sur un territoire n’est que justice.
Il s’agit de reconnaissance, mais aussi de moyens pour faire vivre, transmettre, les auteurs du patrimoine mondial, souvent dans de nouvelles traductions. Français, européens, Corneille, Shakespeare, Molière, Racine, Pirandello, Brecht, Sophocle, Marivaux.
Ces dernières années, nous avons été émerveillés par des mises en scènes.

Pour découvrir de nouveaux auteurs, de nouvelles écritures qui interrogent nos sociétés, pointent, exacerbent les rapports qu’entretiennent les femmes et les hommes avec elles.

Cette année, Falk Richter révélé l’an dernier par Stanislas Norday revient cette année avec « Hôtel Palestine » mise en scène par Jean-Claude Fall, mais ce sont aussi Wajdi Mouawad, Marie Ndiaye, Sonia Ristic, Jean-Claude Grumberg, …

Toucher ce travail, c’est aussi écouter les intentions d’Adel Hakim, qui écrit pour présenter la saison du TQI cette année, : L’art n’acquiert un élan véritable que lorsqu’il cherche à traduire les tragédies intimes liées à l’universel, lorsqu’il s’appuie sur des expériences de vie tragiques et qu’il ambitionne d’ouvrir des brèches dans les murs.
S’attaquer aux murs de toute sorte, voilà peut-être la fonction essentielle de l’art, et donc, en particulier du théâtre. Ouvrir des fenêtres, laisser passer la lumière, contourner le mur, sauter par-dessus, le percer.
La force de la tragédie, depuis les Grecs, est de montrer qu’en dépit du malheur, les individus luttent contre la fatalité. Et même s’ils ne parviennent pas à contrer le destin, ils auront tenté de le faire. Cela aura au moins donné sens à leur vie.

Chaque année, des milliers d’Ivryens s’approprient ces œuvres.
Leurs adhésions est souvent stimulée par les multiples actions culturelles autour des représentations que développent le TQI.

De nombreux partenariats existent avec les établissements scolaires d’Ivry et de la région. Depuis 2000, une option théâtre a vu le jour au lycée Romain Rolland. De là, des troupes/compagnies lycéennes voient le jour et sont remarquées dans les festivals de théâtre amateur.
Institut national des jeunes aveugles et la prison de Fresnes comptent parmi les partenaires du TQI.

L’accueil et l’accompagnement de compagnies du territoire participent également du projet studio théâtre d’Alfortville de Christian Benedetti, le théâtre de Nogent et de Villejuif.

De jeunes compagnies sont également programmées cette années, le collectif F71 autour de Michel Foucault.

Je suis particulièrement heureux que le TQI coproduise également une jeune compagnie ivryenne issue des Bergers, association d’éducation populaire que nous connaissons, qui monte « la pomme et le couteau » d’Aziz Chouaki, qui sera crée au théâtre Antoine Vitez en octobre prochain.

Au delà des missions du CDN que portent déjà le TQI et que je viens d’évoquer, auxquelles il faudrait rajouter d’ailleurs une mission de formation et de perfectionnement des artistes et professionnels de théâtre.
Le TQI développe un projet artistique qui lui est propre, riche de son histoire et de son engagement autour du théâtre des idées , un théâtre qui provoque autant la réflexion que l’émotion et le plaisir.

Dès 1972, la création et diffusion des œuvres se sont articulés à l’école « l’atelier théâtral ».
Aujourd’hui, ce sont 13 cours hebdomadaires, dont 8 pour enfants et adolescents, ouverts aux Ivryens tarifés au quotient familial.
Ce sont 200 élèves dont nous pouvons voir le travail en juin, chaque année aujourd’hui au théâtre Antoine Vitez.

En 2000, un nouvel axe fort s’est ajouté, l’ouverture sur le monde, le TQI se définit comme un véritable théâtre des quartiers du Monde.
Echanges et rencontres artistiques entre la France et l’Etranger.
Souvenons nous des Kirgizs, mais c’est aussi le Chili et cette année encore le théâtre national Palestinien avec Antigone de Sophode créé à Jérusalem, mise en scène par Adel Hakim sera repris au studio Casanova en mars 2012.

Donc, en 2003, le conseil municipal validait le projet d’implantation d’un CDN sur son territoire. Il avait approuvé aussi l’objectif de mise à disposition d’un lieu nécessaire.

Depuis, des conventions cadres et des conventions financières ont été signées entre la ville d’Ivry, l’Etat, le Conseil Général du Val de Marne et le TQI, permettant au TQI de développer son activité en perspective de devenir enfin un centre dramatique national de plein exercice.

L’acquisition par la ville de la manufacture des œillets métalliques est débattue en conseil municipal en avril 2009 avec pour ambition d’en faire un espace culturel dédié à l’implantation du futur centre dramatique.

Depuis, avec nos partenaires, l’Etat, DRAC et direction du patrimoine, conseil général du Val de Marne, Conseil Régional d’Ile de France, avec le TQI bien sûr avec les services municipaux, des architectes, des études de faisabilité et de programmation ont été réalisées.

Etudes pour déterminer d’abord si les missions d’un centre dramatique national, du projet artistique du TQI pourraient se développer à la manufacture, ensuite bien sûr les coûts de l’opération.

Il s’agit donc de réaliser dans ce lieu magnifique :
- un théâtre pouvant accueillir 400 spectacteurs,
- une salle de répétition avec un plateau similaire qui gradiné, pourra recevoir une centaine de spectateurs,
- un espace pour l’atelier théâtral (l’école)
- un accueil, lieu de rencontre, restauration, librairie,
- et les locaux administratifs et techniques.

Les surfaces utilisées seront 3375 m², le projet respectera les engagements du plan local d’urbanisme, donc de haute qualité environnementale HQE, avec une recherche de l’amélioration phonique du futur équipement, évidemment accessible aux personnes à mobilité réduite.

Le coût hors taxes, sans les études préalables est estimé à 15 370 300 euros.
Nous attendons 74 % de subventions de nos partenaires :
- DRAC dont direction du patrimoine : 3 700 000 €
- Etat dans le cadre de l’ANRU : 1 000 000 €
- Conseil Régional d’Ile de France : 3 600 000 €
- Conseil Général du Val de Marne : 3 074 000 €
Il resterait à charge pour la ville : 3 996 300 €

Pour mémoire : la valeur d’acquisition du « périmètre CDN » de la manufacture était de 3 000 000 € sur un coût d’acquisition de 7 150 000 €

Si nous approuvons le programme des travaux pour l’implantation du TQI CDN du Val de Marne à la Manufacture des Œillets, ce que vous sentez bien, je souhaite ardemment, après le concours et la  désignation d’un architecte en 2012, les travaux commenceraient en 2013 pour une livraison début 2015.

Avant de conclure, je voudrais m’arrêter encore sur 2 points :

- Lors des réunions récentes qui préparaient ce conseil, au bureau municipal, en commission municipal «accès aux savoirs », au delà de l’accord assez enthousiaste qui se dégageait, des questionnements existent au sujet des coûts de fonctionnement du futur CDN, questionnements légitimes dans le contexte économique que nous connaissons.

Je voudrais apporter quelques éléments pour nourrir nos réflexions :

- nous créons un équipement pour accueillir un projet, une activité qui existe déjà, nous le savons. C’est le projet artistique du TQI. Nous serons ainsisi dans une continuité budgétaire.

- le budget de fonctionnement du TQI/CDN est d’abord abondé par l’Etat, la DRAC pour 50 % et par le Conseil Général du Val de Marne. Enfin par la ville à hauteur de 27 %. Les clés de répartition sont ainsi et ne devraient pas bouger.

Les coûts de fonctionnement du bâtiment sont difficiles aujourd’hui encore à évaluer, mais nous regroupons en un lieu des activités qui se déployaient en 3, dont le studio Casanova qui devra, d’ailleurs, trouver une autre destination.

Enfin, le CDN occupera une partie de la Manufacture, espace à vocation culturelle.
Aujourd’hui l’EPSA (école d’architecture et de graphisme de la ville de Paris) et le CREDAC (depuis peu) y sont installés. Nous avons à réfléchir à ses usages futurs et certainement à une gestion globale et coordonnée de ce bâtiment à caractère patrimonial.

Le deuxième point concerne le quartier.
Lors d’une réunion organisée par le comité de quartier Parmentier/Marat l’an dernier, nous avions pu mesurer avec les habitants l’intérêt que suscite la manufacture et sa vocation à accueillir des activités publiques et culturelles. Dans un quartier qui bouge ANRU/Gagarine-Truillot, l’implantation d’entreprises – rue Truillot – la place Parmentier, ses habitations et ses commerces, l’arrivée du CDN dans ce bâtiment remarquable et accessible jouera un rôle structurant dans cette partie de la ville.

Chers collègues,

J’ai le sentiment que nous allons prendre ce soir des décisions qui compteront pour Ivry et ses habitants, pour la culture, la création, l’art dramatique.

Je vous remercie.