Le logement à Ivry c’est une question essentielle, identitaire. Comme partout c’est un besoin criant, comme partout ce sont des cités qui vont mal, comme partout ce sont des cités qui vont bien, comme partout ce sont des habitants heureux, comme partout des gens en détresse aussi.
Le logement, ça cristallise toute la vie. C’est l’endroit où l’on passe le plus de temps, l’endroit qui nous ressemble, l’endroit où parfois on travaille, l’endroit où l’on dort, où l’on rit, où l’on pleure, le lieu des émois, le lieu de la famille, le lieu où on est bien, le lieu où on aimerait tous être bien.
Comment relever ce défi quand plus de 5 700 familles sont demandeuses à Ivry d’un logement digne ? Quand sur ces 5 700 familles, près de 80% (oui, 80% !) relèvent d’un PLAI ? PLAI, cela veut dire Prêt Locatif Aidé d’Intégration. Ce sont des logements destinés aux plus en difficulté, des logements que la politique de la droite a refusés, que nous n’arrivons pas à sortir de terre en nombre suffisant. C’est le signe d’une société qui va mal, d’une société inégalitaire, d’une société paralysée, d’une société où l’ascenseur social est resté bloqué au troisième sous-sol.

Et pourtant cette année nous fêterons le 100e anniversaire de la loi Bonnevay. Le 23 février 1912, elle instituait les offices publics d’HBM à l’initiative des collectivités locales. Rendez-vous compte : 1912 ! Un temps que les moins de 100 ans ne peuvent pas connaître …! Badinter, Mitterrand, Piaf, Mandela, Luther King, Guevara, Obama, Boumediene, Allende, Halimi, l’Abbé Pierre n’étaient pas encore nés alors qu’ils ont eu le temps depuis d’écrire l’Histoire. Le micro-onde, l’ordinateur, la cocotte-minute, Steve Jobs, la télévision, la pilule contraceptive, le Wifi, le Minitel, le Scrabble, la carte à puces, le nylon, la guitare électrique n’étaient pas encore inventés, la pénicilline pas trouvée, Neil Armstrong n’avait pas mis le pied sur la Lune, Picasso n’avait pas peint Guernica, Duras n’avait pas encore fait son India Song que le logement social en France se profilait comme un moyen puissant d’émancipation.
1912… cette mesure était d’une telle modernité ! Et 100 ans plus tard, c’est de nouveau d’ambition dont nous avons besoin au contraire de ce qui est produit ces dernières années.À Ivry nous avons la prétention de faire plus qu’ailleurs, de faire d’autres choix pour pouvoir continuer dans ce sens, faire plus encore. Il faut faire du logement et du logement social en particulier une priorité absolue. Que le droit au logement et à la ville soit reconnu comme universel et sincèrement opposable, comme un bien non marchand hors des logiques de profit et de spéculation.

Ainsi, pour nous, élus Communistes et Partenaires, il est temps que les choses changent. Face à la crise et aux difficultés nous voulons de véritables choix de rupture et de progrès. Nous voulons en cette année 2012, année de possibles changements, nous engager pour l’abrogation de la loi MOLLE, pour la constitution d’un service public national du logement, de l’habitat et de la ville organisé autour d’un pôle public de la construction pour faire face aux exigences et aux marges délirantes des majors du BTP et ainsi justement abaisser les loyers et les charges. Service public organisé autour également d’un tissu d’OPH que nous concevons comme des services publics décentralisés et déconcentrés, à la fois symboles d’un engagement commun de l’État et des collectivités territoriales ; ces mêmes OPH aujourd’hui attaquées, réformées, étranglées à l’exemple d’une autre qui pourrait pourtant tant faire.

Nous voulons, et c’est possible, que pendant cinq ans au moins soient construits 200 000 logements sociaux par an parce que face à l’ampleur de la crise, c’est bien un minimum de 1 million de logements supplémentaires dont nous avons besoin. Pour y parvenir, l’État doit porter à 2% du PIB son budget logement et ainsi remettre au goût du jour l’aide à la pierre à hauteur de 40% des constructions.
Nous exigeons l’interdiction des expulsions locatives pour les familles en difficulté et l’invention collective de nouvelles solidarités pour la mise en place par exemple d’une sécurité locative mutualisée dans le public comme dans le privé.
Nous voulons nous battre pour la revalorisation de l’APL, qu’enfin les pouvoirs publics comprennent que le mois de carence et les versements rétroactifs ne sont pas gérables pour les familles.
Nous voulons le blocage des loyers publics et leur encadrement dans le privé grâce à un plafonnement des prix à la vente et à la location pour couper court à toute spéculation. Il faut viser l’engagement que jamais le taux d’effort des familles ne puisse excéder 20% des revenus pour se loger parce que, dans un monde où les richesses sont si nombreuses, nous n’acceptons plus de les voir passer sous notre nez.
Nous exigeons la suppression des surloyers et des plafonds de ressources parce que nous portons fièrement le logement social comme un bien universel, mixte et partagé. Le logement social ce n’est pas le logement des pauvres, au contraire. Nous le voulons beau et ambitieux. Évidemment, nous voulons nous battre pour l’application de la loi de réquisition, pour qu’enfin les grands propriétaires cessent de jouer avec les prix du marché.

Dans ce cadre nous exigeons également l’application et le renforcement de la loi SRU, avec 30% de logements sociaux dans les zones tendues et 25% sur le reste du territoire. Avec évidemment un nouveau dispositif de contraintes et de sanctions pour les communes hors-la-loi. Pour y parvenir, il faut dégager des financements et des moyens. Par exemple : relèvement du plafond du Livret A à 20 000 € en permettant sa gestion par la seule Caisse des Dépôts et Consignations. Par une hausse aussi de 0,55% de la contribution des employeurs dans le cadre du 1% Logement pour remettre à niveau cette caisse lamentablement et allègrement vidée par la droite.

Face à la spéculation, nous proposons l’instauration d’une taxation des spéculations financières et immobilières sous la forme d’une taxe des revenus mobiliers et immobiliers à hauteur de 10%. Face à l’étranglement des Offices publics, nous exigeons la suppression de l’indécente taxation des bailleurs sociaux prévue par la loi de finances 2011. Enfin, pour que la politique de la Ville prenne en compte les normes environnementales et les dynamiques territoriales, nous exigeons une collaboration de haut niveau entre État et collectivités.

C’est avec ce type de propositions et d’engagements que nous redonnerons au logement social ses lettres de noblesse parce qu’avant tout nous voulons réunir les conditions d’une ville pour toutes et tous dont le logement social serait un maillon essentiel. Ces propositions, ces ambitions ont été fièrement portées par notre Député, Pierre, à l’Assemblée Nationale dans sa proposition de loi « Programme d’urgence pour le logement et de lutte contre la spéculation immobilière ». 2012 sera, nous l’espérons, l’année de tous les changements et nous nous battrons sans cesse pour qu’ils soient radicaux et durables.

Je pourrais m’en tenir là et, pardonnez la longueur de mon intervention ce soir, mais je tiens pour terminer à te remercier, Thierry, personnellement et au nom des élus Communistes et Partenaires. À te remercier pour ce que tu as porté pendant ces trois années dans la plus grande transparence. Je crois, je le sais, et nous sommes nombreux ici ce soir à te dire merci. Merci de ton engagement sans faille, de ta disponibilité, de ta façon partagée de mener les combats justes pour la dignité. Je sais que tu continueras à porter cette question fondamentale dans tes fonctions professionnelles et je suis ravie de le faire à tes côtés quotidiennement. J’ai beaucoup appris avec toi, au Bureau et au CA de l’OPH, je te remercie profondément, ton sens du partage et de l’échange m’ont aidée à m’engager encore plus sur cet enjeu. Tu laisses à Philippe des chantiers importants à mener – je pense évidemment à la restructuration du quartier Gagarine-Truillot – et je peux t’assurer, si c’était nécessaire, que nous ferons tout pour rendre les choses possibles. Philippe portera, j’en suis sûr, tes préoccupations avec passion, audace, intelligence et engagement. Alors, au nom des élus Communistes et Partenaires, je te remercie, nous te remercions.