Conseil municipal du 21 octobre 2010.
Référendum du 5 décembre 2010 sur le droit de vote et d’éligibilité des résidents étrangers aux élections locales.

Monsieur le Maire,
Cher-es Collègues,
Je suis heureuse de présenter ce soir la délibération concernant l’organisation du référendum d’initiative locale sur la question du droit de vote et d’éligibilité des résidents étrangers aux élections locales.
Je le suis car c’est une initiative que bon nombre de citoyennes et de citoyens attendent depuis longtemps.
Je le suis également car elle s’inscrit dans la continuité de nombreuses actions menées dans notre ville, je pense bien sûr au Référendum sur le devenir de l’hôpital Jean Rostand mais aussi à la votation citoyenne organisée en 2008.
Il m’apparaît d’autant plus important d’aborder ce sujet aujourd’hui.
Dans cette période où la résistance se cristallise sur les retraites, c’est bien une contestation généralisée des choix politiques gouvernementaux qui se manifeste. Finalement, l’ensemble de la société est interrogé en profondeur. La problématique des droits, de l’égalité entre toutes et tous, de la dignité des êtres humains, est fortement posée. Et ce référendum s’y inscrit pleinement.
A l’heure où les effets dévastateurs de la politique menée par la droite arrogante et « décomplexée » de Nicolas Sarkozy se font sentir cruellement au sein du peuple ;
A l’heure où apparaît que, loin de petites touches successives, nous avons à faire à une casse systématique, réfléchie des droits sociaux, civiques et même humains ;
A l’heure où le peuple mène une résistance exceptionnelle, forte et fière, porteuse d’espoir, notre ambition est d’affirmer toutes les exigences qui rendent dignes les femmes et les hommes vivant dans ce pays.
A ce titre, celle du droit de vote et d’éligibilité, parce qu’elle change l’être humain en citoyen, parce qu’elle crée de l’égalité entre toutes celles et tous ceux qui résident sur notre territoire est cruciale. Elle pose un enjeu de civilisation.
En 1791, l’assemblée constituante décide d’un trait de plume de donner la qualité de citoyen à tous les hommes résidant sur le territoire de la République. Certes, les hommes seulement et c’est plus que regrettable, mais TOUS les hommes quand même, quels que soient leurs origines ou leurs nationalités. En 1793, c’est le droit d’asile qui est créé.
Depuis, notre pays a accueilli de nombreux étrangers. Migrants politiques, philosophiques, économiques ont participé à façonner la France. Notre ville a été partie prenante tout au long du 20ème siècle de ces mouvements de population. Peut-être même plus qu’ailleurs, nous avons su en faire une richesse, un atout….Certains de ces migrants sont devenus Français, d’autres non.
Or, la politique du gouvernement, la loi Besson récemment voté, remettent en cause cette histoire, et ces origines révolutionnaires de notre République…Ce n’est plus l’héritage de mai 68, ni même celui du conseil national de la résistance qu’ils veulent liquider mais bien celui de 1789. A chaque centre de rétention construit, c’est un morceau de la Bastille qui ressurgit de terre.
Alors : Faut-il expulser, chasser, rendre invisible, tout ce qui diffère d’un « nous » imaginaire, qui mériterait d’être bien redéfinit ensemble ? Ou faut-il créer les meilleures conditions de vie, d’accueil, de citoyenneté des femmes et des hommes qui vivent, travaillent, s’investissent dans notre pays, sur notre ville, qui est ainsi aussi la leur ?
Ces considérations en tête, chacun comprend que notre ville, où résident 22% d’étrangers, dont plus de 80% sont ressortissants de pays non membres de l’Union européenne, doit s’exprimer avec détermination sur cette question de citoyenneté des résidents étrangers.
Je l’ai déjà dit, nous ne partons pas de rien, nous avons déjà mené des expériences dans ce domaines.
Il s’agit de les prolonger, de donner à nouveau de la force à notre ville, à toutes ses habitantes et tous ses habitants.
Au-delà, nous prendrons part à un débat national, porté par la campagne intitulée « les communes pour l’égalité ».
Car nous sommes bien inscrits dans une dynamique nationale lancée par le collectif « Votation citoyenne » regroupant de très nombreuses organisations associatives, syndicales et politiques. A Ivry, un collectif local s’est créé et regroupe déjà de nombreuses organisations. Ensemble, nous construisons les modalités de la campagne et l’organisation du Référendum. La délibération soumise ce soir précise ces modalités pour que le 5 décembre 2010, de 9h à 18h, dans les 10 bureaux de vote ouverts pour cette occasion, résonne au plus fort notre exigence d’égalité et de citoyenneté, de démocratie tout simplement.
La première étape, cruciale, est déjà entamée : celle de l’inscription massive des électrices et des électeurs non-inscrits sur les listes électorales. Je pense bien évidemment aux résidents étrangers de notre commune qui ne bénéficient pas de ce droit fondamental. Il est primordial qu’une majorité d’entre elles et eux puissent s’exprimer sur un tel sujet. L’investissement de chacune et de chacun est indispensable pour mener à bien ces inscriptions et pour convaincre toute la population ivryenne de se déplacer et de s’exprimer sur un enjeu primordial.
Sachant que près d’un Ivryen sur 5 n’a pas le droit de s’exprimer sur ce qui fait son quotidien, sur l’ensemble des décisions qui sont prises et qui le concernent, je crois que l’égalité des droits et la démocratie sont une affaire de conquêtes à arracher en permanence et pour le bien de toutes et de tous.
Pour toutes ces raisons que je vous demande d’adopter la délibération présentée ce soir.