Continuons de la porter avec la majorité municipale et l’ensemble des Ivryennes et Ivryens pour qu’ils puissent s’emparer des enjeux fondamentaux pour l’avenir de nos services publics. Cela va de pair avec une autre bataille, plus sourde, moins médiatique et médiatisée, contre la réforme territoriale en cours. C’est un véritable coup d’état contre la démocratie. Au prétexte de rationnaliser, rendre plus efficace et moins couteux notre service public, c’est en réalité un profond retour en arrière ; contre le processus historique de décentralisation, contre le développement des services publics au plus près des besoins des citoyens, contre le développement de la démocratie. Il nous faut porter cela aussi bien plus largement pour savoir quelle société nous voulons construire pour aujourd’hui et demain.

Car l’austérité n’est pas un principe de gestion, c’est un projet de société. Aujourd’hui, le rapport de force en faveur des banques et des spéculateurs, est conforté par le gouvernement. A Ivry, nous payons chaque année 8 millions d’intérêts pour un capital de la dette de 3 millions à ces banques qui spéculent, ne soutiennent pas l’économie réelle et continuent d’engranger les profits !

Or d’autres choix sont nécessaires. Les récentes élections départementales l’ont montré en partie. Dans notre ville, les Ivryennes et les Ivryens ont agi pour que le département reste véritablement ancré à gauche. Le Front de Gauche arrive très largement en tête du premier tour en ayant porté pendant des semaines l’importance de la dépense publique. Avec les voix de nos partenaires Europe Ecologie Les Verts, la majorité municipale dépasse les 50%.

Nous participons à ce que la droite et le Front National reste en dessous des 15%. Nous sommes persuadés que l’ambition que nous portons dans ce budget est le moyen de maintenir les citoyens de notre ville dans une dynamique positive de gauche. Et si nous déplorons l’abstention  élevée, comme partout en France, et peut-être plus fortement dans les villes populaires, on peut y voir l’expression claire d’une colère.

Alors ce soir, nous allons voter le budget 2015. Et je le dis, au nom du groupe Front de Gauche, nous ne sommes pas satisfaits ! D’une part la construction de ce budget a été rendue extrêmement compliquée : par les événements récents, bien évidemment, que ce soit les attentats de janvier ou la mort de Pierre Gosnat. Mais surtout, pour la première fois, nos recettes n’augmenteront pas, suite aux coupes budgétaires décidées par le gouvernement. Sans faire de politique fiction, si depuis plusieurs années il n’y avait pas eu de toutes ces décisions dramatiques comme la suppression de la taxe professionnelle, le gel puis la baisse des dotations de compensations, nous aurions plus de 150 millions d’euros de recettes ! Parce que nous avons historiquement, à Ivry, une politique de développement équilibré pour bâtir une ville où habiter, sortir, travailler, s’épanouir, se cultiver. Construction compliquée, aussi, parce qu’il nous faut élaborer une méthodologie commune à partir du programme municipal qui est notre seule boussole. La brutalité des événements et des décisions budgétaires nationales ne nous ont pas permis de trouver toutes ces cohérences.

Alors oui, on ne peut pas s’en satisfaire, on n’est pas là pour n’être que de bons gestionnaires ! Jamais la crise n’a été si profonde et multiforme. Pour faire face, il nous faut des réponses à la hauteur des besoins. Au lieu de cela, nous voilà contraints de suspendre des actions concrètes : les vacances de printemps, les chèques vacances qui touchaient plus de 1 000 jeunes, diminuer notre participation au financement du logement social (donc notre capacité de réservation de logement).

Mais aussi de diminuer des moyens, parfois invisibles, pour le développement du service public, ce qui aura des conséquences pour les usagers : c’est le cas du gel du budget de la masse salariale, car cela signifie des non-remplacements, et des postes et des agents en moins pour répondre aux usagers et mettre en œuvre les engagements du programme municipal. Il est nécessaire de bien mesurer tout cela.

Il est essentiel aussi que nous réinterrogions l’ensemble de nos politiques publiques, pôle par pôle, dans chaque champ de délégation pour en donner le sens et les cohérences. Débusquer les éventuelles économies ? Bien sûr, nous l’avons déjà dit, il y a toujours de menues économies possibles. Mais surtout pour arbitrer plus collectivement les choix à faire, pour impliquer les agents et les citoyens, notamment à travers la coopérative citoyenne, clef de voûte de ce que nous voulons bâtir à Ivry et qu’il nous faut urgemment lancer.

Et pour poser tous les possibles, sans rien laisser au hasard. Pourquoi pas :

  • rechercher de nouvelles subventions, à l’échelle européenne notamment ;
  • réfléchir à la réappropriation des différentes sources de richesses d’un territoire, par une réforme de la fiscalité locale des ménages, des entreprises, ou des activités libérales par exemple.
  • réfléchir au développement de véritables coopérations choisies entre les villes, contre la centralisation du pouvoir de la réforme territoriale.

Bref, étudions toutes les pistes de recettes pour permettre la continuité du service public. Bien sûr, cela ne peut se faire ni sans partenariats ni sans mutualisations de moyens humains et matériels. Cherchons toutes les énergies et toutes les volontés, publiques comme privées, associatives et citoyennes, pour mener au bout ce combat.

Alors, bien sûr, nous finissons pas être fiers de ce budget qui continue de faire vivre des politiques ambitieuses et novatrices dans un territoire, pour une population qui en a besoin et le demande. Pour notre groupe qui prône « l'humain d'abord », cette période de régression a un goût amer auquel nous ne nous résignons pas.

Alors, c’est avec gravité, avec colère aussi, mais surtout avec l’envie de se donner tous les moyens pour faire encore mieux ensemble, que nous voterons ce budget.