On peut citer :

  • le vote du Conseil National de l’Education – instance consultative – lors de la première présentation du décret, qui s’est majoritairement exprimé contre, avant que le décret soit finalement appliqué,
  • les manifestations d’enseignants et de parents d’élèves qui se multiplient, 
  • la contestation des collectivités territoriales qui s’exprime de plus en plus.


Est-ce une question de méthode ?
On pourrait y voir, en effet, le résultat d’une concertation mal gérée, réalisée à la fin de l’été et à la rentrée scolaire, et pas assez « ouverte » à l’ensemble des acteurs.
Le résultat, également, d’une précipitation : aller vite n’est pas toujours synonyme d’efficacité, d’utilité et de courage politique. A ce titre, l’évocation d’une prime de 400 euros versée aux enseignants pour l’année scolaire 2013-2014, pourrait être vécue comme une manière « d’acheter leur consentement ».
Enfin, alors que les mécontentements commencent à s’exprimer de toute part, la volonté du Ministre de voir appliquée, coûte que coûte, par décret, cette modification des rythmes, heurte la volonté de l’ensemble des acteurs d’une large concertation.

Il y a donc probablement une question de méthode, mais pas seulement ! Car on sait à quel point il est difficile de « refonder » une institution qui a subit, pendant tant d’années, une casse systématique opérée par les gouvernements de droite successifs dont l’objectif était – et est toujours –, conformément aux logiques libérales européennes, de privatiser l’Education Nationale en la laissant aux mains des capitalistes pour former leur future main d’œuvre, libérer de nouveaux espaces concurrentiels lucratifs, tout en permettant aux élites en place de garantir à leurs enfants la même place dans la société. Bref, pour en faire tout sauf un service public d’EDUCATION pour tous.

Alors, pourquoi donc tant de colère et de mécontentements ?
Probablement parce qu’on ne voit pas dans ce projet de modification des rythmes scolaires une ligne directrice, une véritable cohérence éducative. Bref un projet politique, un projet de société pour l’avenir de l’Education Nationale.
Nous croyons en effet, élu-es communistes et partenaires, que cette réforme des rythmes tient plus du bricolage que du projet politique.
Il n’y a qu’à voir les dernières déclarations du ministre concernant la possibilité, en 2015, de réduire les vacances d’été alors même qu’à la sortie de la concertation à l’automne dernier, il avait assuré ne pas y toucher, faute d’un consensus.(...)

La question d’une meilleure répartition du temps de classe sur la semaine se pose : à ce titre, l’ajout d’une 9e demi-journée de classe semble être, pour la majorité des acteurs concernés, une bonne chose. Mais pourquoi imposer le mercredi matin ?
Les chronobiologistes nous montrent que les pics d’attention et de réceptivité sont le jeudi et le vendredi (donc, après la coupure du mercredi). Les moins bons sont le lundi car la coupure du week-end est trop longue. La conclusion la plus logique serait donc de proposer, pour une demie-journée supplémentaire, le samedi matin afin de réduire la coupure du week-end et donc réduire le déficit du lundi, et de conserver la coupure du mercredi plutôt bénéfique…
D’autres arguments ont été entendus sur le samedi matin, tout aussi discutables :
- "l ferait lever les enfants 6 jours sur 7, notamment pour ceux allant en centre de loisir ?"  Oui, mais ce qui est précisément en cause c’est la rupture, dans les rythmes hebdomadaires, entre les périodes sommeil/éveil : un lissage de 6 jours sur 7 est privilégié par rapport à une alternance 5 jours/2 jours qui induit notamment des heures de coucher plus tardives créant de la fatigue.
- "il poserait un problème pour les familles recomposées avec garde alternée ?"  Ce serait pourtant le seul moment pour permettre, dans une majorité de cas, des rencontres plus faciles avec les parents qui travaillent toute la semaine. Le samedi matin concourrait donc à retisser le lien fragile entre école et famille et ce pourquoi pas pour les deux parents.
- "il risquerait d’augmenter l’absentéisme de ceux qui partent en week-end ?" D’une part, nous ne pouvons anticiper le taux d’absentéisme. Et puis, que faisait ces familles avant 2008 ? Et doit-on s’empêcher de poser le débat sur un argument qui ne concerne, dans notre Ville, qu’une minorité d’élèves et de familles ?

En choisissant le mercredi matin pour notre Ville, nous voyons tout de suite les nombreux écueils : comment transférer l’intégralité des activités culturelles sur le week-end ou les jours de semaine ? Et les activités sportives ? Va-t-on prendre le risque de désorganiser l’ensemble des activités existantes qui sont une réelle richesse, voire d’en supprimer une partie ? Comment assumer les surcoûts en personnel, en équipements, en restauration scolaire ? Comment, encore, accepter que la diversité des projets des centres de loisirs du mercredi soit remise en cause en les amputant d’une matinée ? Que deviendra le Bréau ?
Vous le voyez bien, c’est l’ensemble de notre politique éducative qui est touchée : à choisir, je crois que le samedi matin serait pour notre ville une bien meilleure solution.

è au fond, on sent que sur cette question Vincent Peillon a surtout chercher à éviter de se heurter à des intérêts divergents et risquer un mécontentement immédiat en ne posant pas dans le débat la possibilité du retour au samedi matin travaillé.


Sur la question de l’allègement de la journée de classe, nous ne pensons pas détenir la vérité, connaître l’organisation parfaite et qui ferait par elle-même consensus auprès de toutes et tous. Mais, encore une fois, nous ne pouvons que nous interroger sur les choix qui ont été faits : nous regrettons que la prise en charge humaine, matérielle et financière de cette heure et demie « libérée » soit soumise à une logique purement comptable. Sous le prétexte d’une liberté donnée aux collectivités, Vincent Peillon nea fait ni plus ni moins que transférer des charges. Et à quoi aboutit-on ? 45 minutes à la charge de l’Etat (et donc des enseignants, sans compensation salariale) et 45 minutes à la charge des collectivités.

Oui, mais voilà :
+ que fait-on quand on est enseignant, hors du « temps de classe » ? Et bien, de l’aide aux devoirs ! Mais cette aide concerne-t-elle tous les enfants ? Si non, que font ceux qui ne sont pas concernés ? Cela ne contribue-t-il pas à maintenir les inégalités : du scolaire pour les uns, des « activités » pour les autres ?
+ et que fait-on quand on est animateur, habitué à travailler en centre de loisirs sur des séquences d’activités plus longues (1h à 1h30) et surtout avec des taux d’encadrements adaptés ? Car il a été évoqué la modification des taux d’encadrements pour ce temps péri-scolaire, passant de 1 pour 12/14 à 1 pour 18.
==> bonne question, je n’ai pas la réponse… mais peut-être aurait-il fallu concerter les premiers concernés, c’est-à-dire les enseignants, les organismes de formation, les animateurs etc.


Mais, au-delà, ce que le Ministre ne dit pas, c’est où sont passées les deux heures d’enseignement perdues en 2008 ? Alors que l’on parle de lutte contre les inégalités, de baisse de niveau, alors que les programmes sont de plus en plus chargés, et donc les heures de classe de plus en plus denses, ces deux heures en moins sont un coup de massue qui semble avoir échappé à tout le monde.

J’ai tout de même des éléments de réponse à ces questions :
D’une part, avec cette réforme se créent les conditions d’un développement des inégalités territoriales. Qu’en est-il, en effet :
- des municipalités asphyxiées financièrement, voyant leurs recettes et les dotations de l’Etat fondre ?
- des municipalités n’ayant pas de PEL ?
- des municipalités de province pour lesquelles une réorganisation de la semaine nécessite une charge supplémentaire en termes de ramassage scolaire ? Et des coûts de transport supplémentaires pour les parents ?
- des municipalités n’ayant pas ou peu de locaux disponibles pour accueillir les activités sportives et culturelles ?
Et bien, pour une majorité de ces collectivités, le risque est grand qu’elles soient  contraintes d’augmenter leurs impôts locaux ou de rendre les activités payantes ! Et là, c’en est finit de l’éducation NATIONALE et de l’égalité territoriale.

D’autre part cette réforme, de manière sous-jacente, en créant des « activités pédagogiques complémentaires » remisées en fin de journée, acte le principe contre lequel nous nous battons depuis toujours, à savoir : l’idée que la culture et le sport serait un supplément d’âme, la cerise sur le gâteau, ou bien encore servirait à susciter des vocations. Non, Non et Non. Les chemins du théâtre, du cinéma, de la médiathèque, les artistes en résidence dans les classes, toutes ces expériences de rencontre avec les œuvres et les artistes, avec le beau, avec ce qui fait penser, réfléchir, s’émouvoir, ces expériences autant esthétiques qu’humaines, cela ne peut et ne doit pas être réservé à certains, à ceux qui ont les moyens ou à ceux qui ne sont pas en difficulté. Nous avons, à Ivry, cette richesse culturelle avec un grand nombre de projets menés depuis longtemps, sur le temps scolaire, en partenariat avec les enseignants, qui favorise l’accès à l’art et à la culture pour toutes et tous, dès le plus jeune âge. Il ne faudrait pas que tout cela se perde et qu’au nom de logique comptable, on nous force à bricoler des artefact d’activités culturelles en 45 minutes, en fin de journée, dissociée de la globalité et de la cohérence des savoirs enseignés.
Croyez-vous sincèrement que cela soit acceptable ?


Une remarque enfin :
Dans ce débat sur les rythmes scolaires, il ne faut pas se méprendre : RYTHME, TEMPS et DUREE, sont des notions distinctes !
·    Le rythme scolaire fait appel à la notion de fréquence, de différence et de répétition : c’est l’organisation générale entre temps de classe et autres temps,
·    La durée fait appel à la longueur : lorsqu’on dit que la journée est trop longue, c’est bien en terme de « durée », de quantité,
·    Le temps, enfin, fait appel au contenu de cette durée, à sa densité, à sa qualité, c’est-à-dire à la pédagogie, à la manière et aux conditions d’enseignement.

Il ne suffit pas de réduire la durée de l’école, ni d’en modifier les rythmes, pour que l’intérêt des enfants soit profondément modifié :
- une heure creuse ou une heure dense ne produisent pas le même effet, pas la même fatigue,
- une heure active et une heure passive ne sont pas vécues par l’élève de la même façon.

Autrement dit, il ne faudrait pas tomber dans l’illusion que modifier les « rythmes scolaires » règlera tous les problèmes. Le plus important est bien le projet de loi qui viendra en débat, et qui doit poser la question : que veut-on pour notre école ? Quelles ambitions de transformation de l’Education Nationale. Et donc,
Qu’enseigne-t-on ? Qui enseigne ? Avec quelle formation ?
Comment ? Et pour qui ?
Voilà pour nous le cœur de cette réforme et ce qui doit faire l’objet d’un débat national.

Or sur cette « refondation de l’école », je dirais encore une fois ce n’est pas ce qu’on pourrait en attendre !
Certes, il y a bien un changement de posture et de discours, du moins sur certains points :
- création de postes là où la droite en détruisait à tour de bras,
- remise en place d’une formation pour les enseignants, alors que la droite, friande de l’instruction où le professeur parle et les enfants apprennent comme par magie, ne jugeait pas la pédagogie utile,
- développement de l’école dès 2 ans pour les parents qui le souhaitent, notamment en ZEP, levier certains pour lutter contre les inégalités qui s’installent dès le plus jeune âge,
- plus de maîtres que de classes,
- enseignement d’une langue vivante dès le CP,
- appropriation des outils numériques pour tous dès le plus jeune âge.
C’est autant de points positifs. Reste à savoir avec quels moyens, au vu des restrictions massives, le Ministre compte-t-il réaliser cela ?

Mais, car il y a un « mais » :

- il n’est rien dit sur les RASED, détruits par la droite en 2008 au profit de l’Aide Personnalisée massivement rejetée par les professionnels : or leur action est très bénéfique, notamment pour lutter contre l’échec scolaire.

- il n’est rien dit sur le contenu des programmes scolaires modifiés en 2008 et pourtant jugés récemment par le Ministre comme « mauvais ». La réforme propose la création d’un conseil supérieur des programmes, nouvelle instance administrative – pour ne pas dire technocratique – et ce , là encore, sur décret donc sans possibilités de débattre de son utilité, sa composition.

- il n’est rien fait contre l’ « égalité des chances » figurant dans le Code de l’éducation et repris dans la modification de l’article 3 du projet de loi ! Et pourtant, que de débats ont eu lieu sur ce termes, autrefois utilisés, et aujourd’hui largement remis en cause parce qu’il gomme le principe de reproduction des inégalités et fait reposer sur le seul mérite, la seule responsabilité des élèves, le fait de réussir ou non.

- il n’est rien fait contre le « socle commun » qui demeure : alors que le Ministre parle de réussite pour tous, il a choisi de maintenir une idée qui s’y oppose. Car, l’idée du socle, qu’est-ce d’autres que le socle pour tous, et la statue réservée à  certains ! C’est-à-dire l’idée que tous n’y arriveraient pas et qu’il faudrait donner un minimum à tous, seuls ceux qui seraient capables auraient le reste, le « savoir supérieur ». Nous proposons, au contraire, d’affirmer le « tous capable » et d’exiger un « haut niveau de savoir et de culture pour tous » !

- il n’est rien fait contre l’ouverture de l’école aux entreprises, c’est-à-dire la soumission aux règles du marché, bien au contraire ! Avec la réorganisation de l’orientation dont la compétence est transférée aux régions, il est clairement écrit, je cite : « L'orientation et les formations proposées aux élèves tiennent compte de leurs aspirations, de leurs aptitudes et des perspectives professionnelles liées aux besoins prévisibles de la société, de l'économie et de l'aménagement du territoire.» Est-cela l’Education Nationale ? Pense-t-on sincèrement que l’orientation, donc l’enseignement, seront les-mêmes à Brest, à Paris, à Bourges ou dans un village de 1000 habitants dans la Marne ?

Et nous aurions encore beaucoup de sujets de débats, de questionnements, d’inquiétudes, comme par exemple la disparition du « label ZEP » qui enlève la garantie de pérennité des aides de l’Etat ou bien le maintien, même repensé, du « livret de compétences » tant décrié lorsqu’il a été mis en place par la droite.


Bref, vous le voyez, le débat de ce soir sur le report de la mise en place de la réforme des rythmes scolaires aura au moins permis à chacun de s’exprimer sur ce sujet. Et je crois que le débat, précisément, est loin d’être clos.

Je vous confirme donc que les élu-es communistes et partenaires voteront bien évidemment pour le report en 2014 de cette réforme et pour l’ouverture d’une large concertation dans notre Ville avec l’ensemble des acteurs du monde éducatif, conseils d’école, enseignants, parents, personnels territoriaux, élu-es, associations, chercheurs, organismes d’éducation populaire etc.
Il faut que cette concertation nous permette, à Ivry, de construire un Projet Educatif Territorial nourri des acquis du PEL, dans l’intérêt de l’élève, pour la réussite de tous.

Mais nous souhaitons plus globalement qu’au-delà du report, la loi donne lieu, partout en France, à un véritable débat public et que tous les citoyens puissent s’emparer de cette question fondamentale pour notre avenir et celui de nos enfants. L’école n’est pas qu’un lieu d’apprentissage, elle est facteur d’unité et d’égalité, elle est le fondement de notre société, de notre façon de penser collectivement notre « devenir ensemble », elle est notre bien commun à tous.